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Former les professionnels de santé à l’ère de l’intelligence artificielle

En santé, connaître la bonne conduite à tenir ne suffit pas : encore faut-il savoir l’appliquer. Mises en situation, feedback immédiat, entraînement répété et personnalisation : l’intelligence artificielle ouvre la voie à des formations plus proches de la pratique réelle.

Former les professionnels de santé à l’ère de l’intelligence artificielle

Former les professionnels de santé à l’ère de l’intelligence artificielle

En santé, l’enjeu de la formation n’est pas seulement d’accéder à la bonne information. Il est de réussir à la mobiliser au bon moment, dans sa pratique professionnelle. En s’appuyant sur des contenus et référentiels existants, l’intelligence artificielle peut aider à transformer davantage de connaissances en situations d’entraînement, en feedback et en parcours adaptés aux besoins de chaque professionnel.

En santé, se former ne consiste pas seulement à acquérir des connaissances

Recommandations de bonnes pratiques, protocoles, référentiels, procédures internes, ressources scientifiques : les professionnels de santé évoluent dans un environnement où la connaissance est à la fois abondante et en constante évolution.

La formation permet de structurer et de transmettre ces connaissances. Mais son objectif final reste leur mobilisation dans la pratique.

Connaître une recommandation ne signifie pas nécessairement savoir l’appliquer. Avoir suivi un module sur la prévention d’un risque ne garantit pas que l’on saura identifier les éléments pertinents dans une situation professionnelle. Et obtenir un bon score à un questionnaire ne permet pas, à lui seul, de conclure à la maîtrise d’une compétence.

C’est sur cet écart entre connaissance acquise et connaissance mobilisable que l’intelligence artificielle présente un intérêt particulier pour la formation en santé.

Non pas en produisant de nouvelles connaissances médicales, mais en permettant de mieux exploiter les contenus fiables dont disposent déjà les organismes de formation et les établissements.

Transformer des contenus existants en occasions de pratiquer

Une grande partie de la formation digitale repose encore sur une séquence familière : consulter un contenu, puis répondre à quelques questions permettant de vérifier sa compréhension.

Cette approche est utile pour l’acquisition des connaissances, mais elle atteint rapidement ses limites lorsqu’il s’agit de préparer le professionnel à les mobiliser.

L’IA permet d’envisager une étape supplémentaire : utiliser le contenu de formation comme matière première pour créer davantage d’activités de mise en pratique.

À partir d’un référentiel, d’une recommandation, d’un protocole ou d’un contenu pédagogique validé, il devient possible de proposer des exercices qui demandent à l’apprenant de sélectionner une conduite appropriée, hiérarchiser des informations, analyser une situation ou appliquer une procédure.

La différence est importante : l’apprenant ne se contente plus de reconnaître une information qu’il vient de lire. Il doit la mobiliser.

L’IA n’a alors pas vocation à inventer la règle médicale ou la réponse attendue. Le cadre reste celui du contenu source. La technologie intervient pour rendre ce contenu plus interactif et multiplier les occasions de l’utiliser.

Passer du quiz de connaissance à la mise en pratique

Le QCM reste un outil pertinent pour vérifier certaines connaissances. Mais toutes les compétences professionnelles ne peuvent pas être évaluées de cette manière.

Il existe une différence entre demander :

« Parmi ces propositions, laquelle constitue la bonne conduite ? »

et placer l’apprenant devant une situation issue du contenu de formation dans laquelle il doit identifier les éléments pertinents avant de choisir cette conduite.

Dans le premier cas, on vérifie principalement la reconnaissance d’une connaissance.

Dans le second, on commence à travailler sa mobilisation.

Cette distinction est particulièrement importante en santé, où les connaissances sont rarement utilisées isolément. Le professionnel doit les articuler avec un contexte, une procédure, des facteurs de risque ou des informations disponibles à un instant donné.

L’intérêt de l’IA est donc moins de générer « plus de questions » que de diversifier la manière dont une même connaissance peut être travaillée.

Donner un feedback qui renvoie au contenu de référence

La mise en pratique devient réellement formatrice lorsqu’elle est accompagnée d’un feedback.

Là encore, l’IA peut apporter davantage qu’une simple correction « vrai / faux ».

Lorsqu’un professionnel répond à un exercice, le feedback peut lui permettre de comprendre pourquoi sa réponse est adaptée ou non, quelle notion il doit revoir et sur quel élément du contenu de référence repose la correction.

Ce point est essentiel dans le domaine de la santé.

L’IA ne doit pas devenir l’autorité qui décide de ce qui est médicalement juste. Le feedback doit rester ancré dans les contenus validés sur lesquels la formation a été construite.

L’apprenant peut ainsi obtenir un retour immédiat tout en conservant la possibilité de revenir à la recommandation, au protocole ou au contenu pédagogique concerné.

On crée alors une boucle d’apprentissage simple :

apprendre → mettre en pratique → recevoir un feedback → revenir à la source → recommencer.

Cette boucle peut être répétée beaucoup plus facilement qu’avec un modèle dans lequel chaque retour nécessite l’intervention individuelle d’un formateur.

Utiliser l’IA pour mieux identifier ce qui doit être retravaillé

L’autre changement important concerne la personnalisation.

Aujourd’hui, deux professionnels inscrits à la même formation suivent généralement un parcours très proche, même lorsque leurs connaissances initiales et leurs difficultés diffèrent.

L’IA permet d’utiliser les interactions avec la formation pour mieux identifier les notions acquises et celles qui nécessitent encore du travail.

Si un professionnel maîtrise un sujet, il n’est pas nécessaire de multiplier les exercices similaires.

S’il rencontre plusieurs fois une difficulté sur une même notion, la formation peut au contraire lui proposer de revenir sur le contenu correspondant, de bénéficier d’une autre explication ou de réaliser une nouvelle activité de mise en pratique.

La personnalisation ne consiste donc pas à laisser l’IA décider de ce qu’un professionnel de santé doit apprendre. Elle consiste à l’aider à progresser à l’intérieur d’un corpus pédagogique défini et validé.

C’est une nuance déterminante.

Faire du contenu de formation une ressource mobilisable

L’un des enjeux de la formation continue en santé est également ce qui se passe après la formation.

Un professionnel peut avoir suivi un module plusieurs semaines ou plusieurs mois auparavant et avoir besoin de retrouver une information au moment où elle redevient pertinente.

Les technologies d’IA permettent d’imaginer une autre relation au contenu pédagogique : au lieu de devoir retrouver le bon module, la bonne page ou la bonne section, le professionnel peut interroger directement le corpus auquel il a accès.

Là encore, la valeur vient de l’ancrage dans les sources.

Plutôt que de solliciter un modèle généraliste sur une question professionnelle, l’utilisateur interagit avec les contenus sélectionnés par son organisation ou son organisme de formation. La réponse peut être accompagnée de la source utilisée afin qu’il puisse la consulter et la replacer dans son contexte.

La formation devient ainsi moins ponctuelle : le contenu appris peut rester accessible et mobilisable dans la durée.

Libérer du temps pour ce qui nécessite réellement un formateur

Cette approche ne réduit pas l’importance du formateur. Elle permet au contraire de mieux distinguer ce qui peut être automatisé de ce qui nécessite une expertise humaine.

Transformer un contenu validé en exercices, fournir un premier niveau de feedback, orienter l’apprenant vers la bonne ressource ou identifier une notion régulièrement mal comprise sont des tâches sur lesquelles l’IA peut apporter une aide.

Le temps du formateur peut alors être davantage consacré à ce que la technologie reproduit mal : contextualiser, discuter les situations complexes, répondre aux questions qui sortent du cadre, accompagner les difficultés et apporter l’expérience du terrain.

L’enjeu n’est donc pas de retirer l’humain de la formation en santé, mais de réserver davantage de temps humain aux situations qui nécessitent réellement son expertise.

En santé, l’IA n’a de valeur que si ses sources sont maîtrisées

Cette condition distingue fortement les usages de l’IA en santé de nombreux autres secteurs.

Un modèle génératif généraliste peut produire une réponse convaincante et néanmoins incorrecte. Dans un contexte de formation professionnelle en santé, ce risque ne peut pas être traité comme une simple imperfection technique.

La qualité du système dépend donc directement de la qualité du corpus sur lequel il travaille.

Référentiels scientifiques, recommandations officielles, contenus pédagogiques validés, procédures de l’établissement : l’IA doit rester ancrée dans les sources que l’on a choisi de lui confier.

Cela suppose également de pouvoir identifier ces sources, les actualiser lorsque les recommandations évoluent et conserver une gouvernance humaine sur les contenus.

L’objectif n’est pas de demander à une intelligence artificielle ce qu’un professionnel de santé devrait savoir.

Il est de lui permettre d’exploiter plus efficacement ce que les experts ont décidé qu’il devait savoir et savoir faire.

De la transmission à l’entraînement

L’intelligence artificielle ne change donc pas nécessairement le contenu de la formation. Elle peut surtout en changer l’usage.

Un même référentiel peut servir à transmettre une connaissance, à produire une activité d’application, à fournir un feedback, à identifier une difficulté et à orienter le professionnel vers la ressource qu’il doit retravailler.

C’est là que se trouve une partie importante de son potentiel pour la formation en santé.

Pendant longtemps, le digital a surtout permis de rendre les contenus de formation accessibles à davantage de professionnels.

L’IA peut permettre de franchir une étape supplémentaire : rendre ces contenus interactifs.

Non pas en inventant des situations médicales ou en se substituant à l’expertise clinique, mais en donnant aux professionnels davantage d’occasions de mobiliser les connaissances validées, de comprendre leurs erreurs et de progresser.

À l’ère de l’intelligence artificielle, la question n’est donc peut-être plus seulement : « Comment transmettre la bonne connaissance ? »

Mais aussi : « Comment permettre au professionnel de s’entraîner à l’utiliser ? »