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Le cahier de vacances du responsable formation

10 réflexions pour prendre du recul sur sa stratégie L&D avant la rentrée

Le cahier de vacances du responsable formation

L’été est probablement l’un des rares moments de l’année où le rythme permet de prendre un peu de recul sur les sujets de formation. Entre les demandes des métiers, les formations obligatoires, les contenus à mettre à jour, les nouveaux outils à évaluer et les reportings à produire, les occasions de regarder son dispositif dans son ensemble restent finalement assez rares.

Cette respiration arrive à un moment particulièrement intéressant pour le L&D. L’intelligence artificielle accélère la création de contenus, de nouveaux outils apparaissent dans les stacks formation, l’adaptive learning ouvre de nouvelles possibilités de personnalisation et les données disponibles permettent progressivement d’aller au-delà du simple taux de complétion.

L’été peut donc être l’occasion de se poser une question simple : les dispositifs de formation actuels correspondent-ils encore à la manière dont nous souhaitons faire apprendre aujourd’hui ?

Plutôt qu’un nouvel article consacré aux tendances de la formation, voici donc un petit cahier de vacances. Pas de mots croisés ni de problèmes de trains qui se croisent à 14h32, mais dix exercices pour regarder autrement les formations, les outils et certaines habitudes de conception bien installées.

Pas besoin de tout remettre en question. L’idée est simplement de profiter de cette période pour expérimenter, observer et, peut-être, revenir à la rentrée avec quelques nouvelles pistes.

EXERCICE 1 : REPRENDRE SON CATALOGUE DE FORMATION

Commencer par ouvrir quelques formations du catalogue et tenter de terminer cette phrase : « À l’issue de cette formation, le collaborateur sera capable de… »

L’exercice paraît évident, mais il peut rapidement devenir plus complexe. De nombreux objectifs pédagogiques sont encore formulés autour de verbes comme « connaître », « découvrir », « comprendre » ou « être sensibilisé à ». Ces formulations expriment une intention, mais disent finalement assez peu de ce que le collaborateur pourra concrètement faire différemment après la formation.

Une formation sur le management peut, par exemple, chercher à développer la capacité à conduire une conversation de feedback difficile. Une formation commerciale peut viser une meilleure qualification des opportunités. Une formation sur l’intelligence artificielle peut permettre d’apprendre à sélectionner le bon outil selon une situation ou à identifier les informations qui ne doivent pas être communiquées à un modèle.

Cette distinction influence ensuite toute la conception pédagogique. Lorsqu’il s’agit essentiellement de transmettre une information, un document ou une ressource peut parfois suffire. Lorsqu’il s’agit de développer une compétence, l’apprentissage doit généralement laisser davantage de place à la pratique, aux décisions, aux erreurs et au feedback.

L’exercice de vacances consiste donc à choisir une formation existante et à tenter de reformuler son objectif autour d’une capacité réellement observable.

EXERCICE 2 : SE DEMANDER SI LA FORMATION AURAIT PU ÊTRE UN DOCUMENT

Toutes les informations présentes dans une entreprise n’ont pas nécessairement vocation à devenir des formations.

Une procédure rarement utilisée, une liste de références ou certaines informations réglementaires ont parfois simplement besoin d’être facilement accessibles au moment où elles deviennent utiles. Pourtant, la présence d’un LMS et d’outils auteurs peut naturellement conduire à transformer de nombreux besoins en modules e-learning.

Un exercice intéressant consiste alors à prendre une formation existante et à imaginer son remplacement par un document parfaitement structuré, dans lequel l’information pourrait être retrouvée instantanément grâce à une simple recherche.

Si cette transformation change peu de choses à la capacité du collaborateur à réaliser son travail, le contenu relève peut-être davantage de la ressource que de la formation.

À l’inverse, la formation prend tout son sens lorsqu’il s’agit de développer une capacité difficile à retrouver avec un simple Ctrl + F : analyser une situation, prendre une décision, expliquer un raisonnement, mener une conversation ou appliquer une connaissance dans un nouveau contexte.

Cette distinction devient particulièrement importante avec l’IA générative. Produire des contenus pédagogiques est désormais beaucoup plus rapide. Mais cette facilité ne signifie pas nécessairement qu’il faille produire davantage de modules. Elle peut aussi permettre de consacrer davantage de temps à déterminer ce qui mérite réellement d’être appris et pratiqué.

L’exercice de vacances : identifier un module qui pourrait devenir une simple ressource et, à l’inverse, une ressource qui gagnerait à devenir une véritable expérience d’apprentissage.

EXERCICE 3 : SE METTRE À LA PLACE DE L’APPRENANT

Autre expérience intéressante : suivre l’une de ses propres formations dans des conditions aussi proches que possible de celles d’un collaborateur.

Pas pendant une matinée entièrement consacrée à la formation, mais entre deux réunions, avec des emails qui arrivent, quelques notifications et trente à soixante minutes disponibles.

L’objectif n’est pas nécessairement d’évaluer la qualité du contenu. Il s’agit surtout d’observer le rythme de l’expérience. À quel moment l’attention commence-t-elle à diminuer ? Quand apparaît l’envie d’accélérer une vidéo ou de lire un contenu en diagonale ? Combien de temps peut s’écouler sans avoir à répondre à une question, réfléchir à une situation ou mobiliser ce qui vient d’être appris ?

Une formation de quarante-cinq minutes ne représente pas nécessairement quarante-cinq minutes d’apprentissage. Elle peut contenir une grande quantité de consommation passive et seulement quelques moments durant lesquels l’apprenant est réellement actif.

C’est l’une des raisons pour lesquelles l’apprentissage conversationnel occupe une place importante dans l’approche de Complement. L’objectif n’est pas simplement de remplacer une vidéo traditionnelle par un avatar, mais de permettre à l’apprenant d’interagir avec un tuteur IA, de poser des questions, d’être interrogé et de recevoir des réponses contextualisées au fil de sa progression.

L’expérience se rapproche ainsi davantage d’un échange pédagogique que d’une succession de contenus à consommer.

L’exercice consiste ici à repérer le plus long moment de passivité dans une formation et à imaginer une interaction qui pourrait venir le remplacer.

EXERCICE 4 : TESTER LA CRÉATION D’UNE FORMATION AVEC L’IA

Choisir un sujet bien maîtrisé et demander à un outil d’intelligence artificielle générative de produire une formation complète constitue aujourd’hui une expérience assez révélatrice.

En quelques minutes, il est possible d’obtenir une structure, des objectifs pédagogiques, plusieurs chapitres, des exemples et même une première série de questions. Ce qui aurait demandé plusieurs heures de production il y a encore quelques années peut désormais être généré presque instantanément.

Mais l’exercice devient réellement intéressant une fois le contenu produit.

Il s’agit alors d’observer ce qui manque. Les situations proposées ressemblent-elles à celles réellement rencontrées dans l’organisation ? L’apprenant doit-il raisonner ou simplement lire ? Que se passe-t-il lorsqu’une notion n’est pas comprise ? Existe-t-il une possibilité de poser une question ? La difficulté évolue-t-elle selon le niveau de maîtrise ? Le feedback tient-il compte de la réponse de l’apprenant ?

L’IA transforme profondément la production pédagogique, mais produire plus rapidement une formation ne signifie pas automatiquement créer une meilleure expérience d’apprentissage.

Chez Complement, l’IA est également utilisée pour accélérer certaines étapes de conception. Il est notamment possible de partir de ressources existantes, comme une présentation, pour construire un module et générer des évaluations. Mais son rôle ne s’arrête pas à la création : l’IA intervient également pendant l’apprentissage, à travers les interactions avec le tuteur, les questions, les évaluations et l’adaptation de l’expérience.

L’enjeu devient alors moins de savoir comment produire davantage avec l’IA que de comprendre ce que l’IA permet désormais de faire pédagogiquement à grande échelle.

EXERCICE 5 : REPENSER LA MANIÈRE D’ÉVALUER

Revenir sur quelques questions d’un quiz existant peut également être instructif. Pour chacune, l’objectif consiste simplement à identifier ce qui est réellement évalué.

Demander quelles sont les différentes étapes d’un feedback constructif permet, par exemple, de vérifier qu’une personne se souvient d’un modèle. C’est une information intéressante, mais cela ne permet pas nécessairement de savoir comment elle réagira face à un collaborateur qui conteste ce feedback ou devient défensif.

Présenter cette situation et demander quelle réaction adopter mobilise la connaissance d’une manière différente. L’apprenant ne doit plus seulement reconnaître ou restituer une information : il doit l’utiliser.

Cela ne signifie pas que les QCM doivent disparaître. Ils restent utiles pour de nombreux objectifs. Mais ils peuvent être complétés par des situations dans lesquelles les connaissances doivent être mobilisées dans un contexte plus proche de la réalité.

Cette logique est notamment utilisée dans les évaluations proposées par Complement. Les apprenants peuvent être interrogés oralement par leur tuteur et formuler leurs réponses avec leurs propres mots. Des mises en situation permettent également de les confronter à des décisions proches de celles qu’ils peuvent rencontrer dans leur environnement professionnel.

L’évaluation cesse alors d’être uniquement un mécanisme de validation placé à la fin d’un chapitre. Elle devient elle-même un moment d’apprentissage, notamment grâce au feedback qui suit la réponse.

Pour l’exercice, sélectionner quelques QCM existants et tenter d’en transformer un en situation réelle suffit déjà à changer de perspective.

EXERCICE 6 : FAIRE LE POINT SUR SA STACK L&D

LMS, LXP, outil auteur, bibliothèque de contenus, plateforme de classe virtuelle, outil de coaching, solution de gestion des compétences, IA générative… L’environnement technologique du responsable formation s’est considérablement enrichi ces dernières années.

À mesure que les solutions s’accumulent, il peut devenir intéressant de revenir à une question très simple : quel problème chaque outil permet-il réellement de résoudre ?

L’exercice consiste à oublier temporairement les fonctionnalités. Le LMS peut, par exemple, jouer un rôle essentiel dans l’administration, les inscriptions et le suivi des obligations. Un outil auteur peut faciliter la production de contenus. Une bibliothèque peut donner accès à des ressources génériques. Une solution de coaching peut répondre à un besoin de pratique ou d’accompagnement.

Cette lecture permet parfois de constater que plusieurs outils répondent au même problème ou, à l’inverse, qu’une partie importante de l’expérience d’apprentissage reste peu couverte.

L’apparition de nouvelles solutions ne signifie d’ailleurs pas nécessairement qu’il faille remplacer toute l’infrastructure existante. Complement peut, par exemple, s’intégrer à un LMS via LTI. Le LMS peut ainsi conserver son rôle dans l’écosystème tandis qu’une autre couche technologique vient enrichir l’expérience pédagogique.

La réflexion devient alors moins « faut-il remplacer le LMS ? » que « quel rôle attribuer à chaque outil dans l’expérience de formation ? »

EXERCICE 7 : IMAGINER UNE FORMATION SANS POWERPOINT

Imaginer devoir former plusieurs centaines de collaborateurs à une nouvelle compétence sans utiliser une seule slide constitue un excellent exercice de conception pédagogique.

Sans présentation pour structurer immédiatement le contenu, le point de départ change naturellement. Il devient possible de commencer par une situation, un problème à résoudre ou une décision à prendre. Les connaissances sont ensuite introduites lorsqu’elles deviennent nécessaires, avant de replacer l’apprenant face à une nouvelle situation lui permettant de les mobiliser.

L’exercice oblige ainsi à inverser une habitude assez répandue. Au lieu de commencer par « Qu’avons-nous à dire ? », il devient nécessaire de partir de « Qu’est-ce que l’apprenant doit apprendre à faire ? »

Il ne s’agit évidemment pas de supprimer PowerPoint. Les entreprises disposent déjà de nombreuses présentations qui contiennent une expertise métier précieuse. Complement permet d’ailleurs de partir de ressources existantes pour accélérer la création des formations.

Mais le support peut devenir le point de départ de l’expérience plutôt que l’expérience elle-même. Autour du contenu peuvent alors venir se construire des échanges avec le tuteur, des questions, des mises en situation et des évaluations.

L’exercice peut donc simplement consister à imaginer les dix premières minutes d’une formation sans commencer par créer une slide.

EXERCICE 8 : PENSER UN MÊME PARCOURS POUR DEUX PROFILS DIFFÉRENTS

Imaginer deux collaborateurs face à la même formation permet de faire apparaître une autre limite historique du digital learning.

Le premier vient d’arriver dans l’entreprise et découvre presque entièrement le sujet. Le second occupe son poste depuis cinq ans et maîtrise déjà une grande partie des notions, tout en conservant quelques difficultés spécifiques.

Dans de nombreux dispositifs, ces deux personnes suivent pourtant exactement le même contenu, dans le même ordre, répondent aux mêmes questions et passent approximativement le même temps dans la formation.

Cette standardisation n’est pas toujours un choix pédagogique. Elle est aussi liée à une contrainte historique : personnaliser un parcours pour chaque individu était extrêmement complexe à grande échelle.

L’adaptive learning et l’intelligence artificielle permettent progressivement d’envisager une autre approche. Le niveau d’explication, les interactions ou le feedback peuvent évoluer en fonction des réponses et du niveau de compréhension de l’apprenant.

C’est cette logique que Complement cherche notamment à développer : conserver la capacité de former à grande échelle tout en proposant une expérience qui ne soit pas nécessairement identique pour chaque apprenant.

L’exercice consiste alors à identifier quelques endroits d’un parcours existant où l’expérience pourrait évoluer selon le niveau ou les difficultés rencontrées.

EXERCICE 9 : ALLER AU-DELÀ DU TAUX DE COMPLÉTION

Le taux de complétion reste un indicateur particulièrement pratique. Il permet de savoir combien de personnes ont commencé et terminé une formation et constitue une donnée importante pour suivre le déploiement d’un programme.

Mais il ne permet pas, à lui seul, de savoir ce qui a réellement été appris.

Un exercice intéressant consiste donc à imaginer pendant quelques instants un dashboard dans lequel le taux de complétion aurait disparu. Quelles données permettraient alors de démontrer l’efficacité d’une formation ?

La progression entre le début et la fin pourrait être observée. Les notions les moins bien comprises pourraient être identifiées. Les erreurs récurrentes, les questions posées ou la capacité à résoudre certaines situations pourraient également apporter des informations utiles.

Les interactions produites pendant l’apprentissage rendent aujourd’hui ce type d’analyse plus accessible. Lorsque les apprenants posent des questions, répondent oralement ou réalisent des évaluations, il devient possible d’obtenir une vision plus fine de leurs points forts et de leurs difficultés.

Chez Complement, les données issues des interactions et des évaluations permettent notamment d’identifier certaines notions mal comprises et d’apporter aux équipes formation davantage d’informations sur l’expérience d’apprentissage.

Le dashboard peut alors progressivement évoluer d’un outil de suivi administratif vers un outil permettant de mieux comprendre comment les apprenants progressent.

EXERCICE 10 : IMAGINER LE MÉTIER DE RESPONSABLE FORMATION EN 2030

Pour terminer ce cahier de vacances, il peut être intéressant de regarder non plus les formations, mais le métier lui-même.

Une partie des tâches qui occupent aujourd’hui les équipes L&D peut déjà être accélérée par l’intelligence artificielle. Générer une première structure de cours, produire des questions, traduire un contenu, transformer des ressources existantes ou synthétiser certains résultats devient progressivement plus simple.

La question intéressante consiste alors à imaginer ce qui prend davantage de valeur lorsque ces tâches nécessitent moins de temps.

Comprendre les enjeux métiers, identifier les compétences critiques, interroger les experts, définir les objectifs pédagogiques, créer des situations pertinentes, choisir le bon niveau de difficulté, évaluer la qualité d’un contenu généré par l’IA, interpréter les données d’apprentissage ou mesurer l’impact pourraient prendre une place encore plus importante.

L’expertise du responsable formation ne disparaît pas parce qu’une IA peut générer un quiz ou transformer une présentation en module. Elle se déplace vers des décisions plus stratégiques et pédagogiques : qu’est-ce qui mérite réellement d’être appris, comment créer les conditions pour l’apprendre et comment vérifier qu’une progression a réellement eu lieu ?

Cette logique guide également une partie du développement de Complement. Automatiser ou accélérer certaines étapes de production permet de redonner du temps aux équipes pour travailler sur ce que la technologie ne peut pas simplement décider à leur place : la pertinence de l’expérience pédagogique.

UNE RÉFLEXION À EMPORTER POUR LA RENTRÉE

L’objectif de ce cahier de vacances n’est évidemment pas de revenir en septembre avec un nouveau LMS, un catalogue entièrement reconstruit, quinze nouveaux KPI et une stratégie IA à déployer avant le premier café.

Il s’agit plutôt de choisir un sujet qui mérite d’être exploré.

Cela peut être une formation trop passive à rendre plus interactive, une évaluation à rapprocher du travail réel, un parcours identique pour tous à personnaliser davantage ou un indicateur qui renseigne finalement assez peu sur l’apprentissage. Cela peut également être quelques heures consacrées aujourd’hui à produire du contenu et qui pourraient demain être réinvesties dans la conception pédagogique.

Chez Complement, nous partons d’une conviction simple : la technologie devient particulièrement intéressante lorsqu’elle ne sert pas uniquement à produire ou distribuer davantage de contenus, mais lorsqu’elle permet de retrouver à grande échelle certaines qualités de l’accompagnement individuel. Pouvoir poser une question, être challengé, recevoir un feedback et progresser différemment selon ce qui est déjà maîtrisé transforme profondément l’expérience de formation digitale.

La rentrée apportera certainement son lot de nouveaux outils, de fonctionnalités IA et de promesses autour de la transformation du L&D. Dans ce contexte, le rôle du responsable formation sera peut-être justement de ne pas commencer par la technologie.

Mais par une question beaucoup plus simple : comment créer les meilleures conditions pour apprendre ?

Et sur cette question, pas besoin d’attendre septembre pour commencer à réfléchir.

Bonnes vacances.